Interviews avec des leaders mondials: Le partenariat RBM a défini de nouveaux objectifs très ambitieux
TweetEntretien avec le Dr Robert Newman, Directeur du Programme mondial de la santé de l'Organisation Mondiale de la Santé, et M David Brandling-Bennett, Directeur adjoint du Programme de lutte contre le paludisme à la Bill & Melinda Gates Foundation
[Entretien a réalisée par Boriana Savova, chargée de communication, Secrétariat du partenariat Roll Back Malaria, septembre 2011]
Le Conseil d'administration du Partenariat RBM a récemment approuvé les nouveaux objectifs proposés par le document stratégique majeur du RBM - le Plan d'action mondial antipaludique. Le Dr Robert Newman, Directeur du Programme mondial de lutte contre le paludisme de l'OMS et M David Brandling-Bennett, Directeur adjoint du Programme de lutte contre le paludisme à la Bill & Melinda Gates Foundation, ont fait la lumière sur ces points et sur la façon dont ils pourraient influer sur les efforts de maîtrise de paludisme dans les années à venir.
1. Quelle a été l'utilité du Plan d'action mondial contre le paludisme (GMAP) dans les efforts mondiaux de lutte contre le paludisme ?
M Brandling-Bennett : En incluant à la fois les pays endémiques et les bailleurs de fonds, le Plan d'action mondial contre le paludisme a permis de galvaniser la communauté de lutte contre le paludisme et a fait office de ligne directrice quant aux actions à mener dans les cinq prochaines années pour atteindre l'objectif d'éradication de la maladie. Le GMAP a été développé dans un but précis, par l'ensemble des membres de la communauté, sous la direction du RBM Les avis étaient unanimes quant à la valeur et à l'importance du GMAP pour atteindre l'objectif ambitieux de couverture universelle.
2. Pourquoi cette mise à jour était-elle nécessaire à ce moment précis et qu'est-ce qui a changé ?
Dr Newman : À seulement cinq ans des Objectifs du Millénaire pour le Développement, le but de cette réévaluation des objectifs du GMAP était de faire le point sur notre situation, depuis dix ans au sein de RBM et depuis quelques années au sein du GMAP.
Les objectifs globaux n'ont pas changé. Nous avons toujours pour but de réduire les cas de paludisme à travers le monde de près de 75 % entre 2000 et 2015. Toutefois, en ce qui concerne les décès, des différences majeures ont été rencontrées. L'Organisation Mondiale de la Santé s'est fixé l'objectif d'une diminution de 75 % du nombre de décès dus au paludisme en 2015 par rapport à 2000. Lorsque le Plan d'action mondial antipaludique a été mis en place, cet objectif s'est révélé plus ambitieux. D'ici 2015, il s'agirait de réduire pratiquement à zéro le nombre de décès évitables dus au paludisme. La communauté de lutte contre le paludisme s'est toujours battue en suivant le concept de décès « évitables ». À l'origine, cela se référait aux décès dus aux lacunes dans les infrastructures. Lors de la révision du GMAP, le Partenariat a éliminé le terme « évitable » car en réalité, même les décès liés au paludisme peuvent être évités. Il a par ailleurs fait part de son intention de s'efforcer d'obtenir, d'ici 2015, un taux de mortalité lié au paludisme « proche de zéro ».
La réduction du nombre de décès dus au paludisme « de près de zéro » est l'objectif que nous devons nous efforcer d'atteindre. Cependant, soyons clairs, il s'agit également d'un objectif très ambitieux. Nous pouvons être très fiers de la première décennie de Roll Black Malaria, couverte de réussite, mais elle est très modeste comparé à ce que nous devons accomplir dans les cinq prochaines années. J'ai souvent comparé ce que nous tentions d'accomplir au fait d'envoyer un homme sur la lune. C'était extrêmement ambitieux et exigeait l'implication de chacun en termes de temps, d'argent et d'investissement pour atteindre l'objectif. Lorsque le premier homme a marché sur la lune, cet événement a été célébré de manière collective. L'obtention d'un taux de mortalité lié au paludisme proche de zéro représenterait un événement similaire et serait célébré de la même manière. Cependant, cet événement n'aura pas lieu si nous n'engageons pas les mêmes efforts et ressources.
3. Quelle est l'incidence de ces objectifs plus ambitieux sur les personnes exposées à la maladie ?
M Brandling-Bennett : Dans les années à venir, nous espérons constater peu de cas de paludisme et aucun décès en résultant. Cela aura un impact significatif sur les personnes vivant dans les régions à risques. Nous devrions constater bien moins de cas de paludisme en raison des interventions antipaludiques et d'une couverture plus large de la population. Nous nous sommes engagés à veiller à ce que tout le monde dorme sous une moustiquaire ou dans un espace vaporisé par des insecticides domestiques, à ce que toutes les femmes bénéficient d'un traitement préventif intermittent (TPIp)du paludisme durant leur grossesse, et à ce que toutes les personnes atteintes du paludisme, particulièrement les femmes enceintes et les enfants, puissent bénéficier rapidement d'un traitement et guérir sans d'éventuels effets indésirables dus à la maladie.
4. Lors du processus de réévaluation des objectifs du GMAP, les partenaires ont également évoqué les actions à mettre en œuvre d'ici 2015. Quelles ont été les avancées majeures ?
Dr Newman : Je suis satisfait de l'importance qui a été accordée à un diagnostic précis et au traitement du paludisme confirmé. Il y a près d'un an et demi, les recommandations de l'OMS quant au diagnostic de la maladie ont été modifiées. Il a été prévu que chaque cas de paludisme suspecté bénéficie d'un test de dépistage et que les personnes souffrant de paludisme reçoivent un traitement. Cette modification du paradigme reflète les progrès grâce auxquels le paludisme est bien moins présent que dix ans auparavant.
L'importance accordée à une surveillance étroite constitue également l'un des nouveaux objectifs de GMAP. Il est impossible d'éradiquer une maladie telle que le paludisme sans savoir exactement où elle se trouve. J'assimile souvent le fait de tenter d'éradiquer le paludisme sans un accès universel aux tests de diagnostic à essayer d'affronter un ennemi les yeux bandés. Nous savions où se manifestaient les cas de fièvres mais, sans tests de diagnostic, nous ignorions où se trouvaient les cas avérés de paludisme. Dans un contexte de ressources limitées, l'objectif de RBM de proposer une surveillance accrue du paludisme dans toutes les régions endémiques est absolument indispensable.
5. Quelles sont les principales menaces au succès ?
M Brandling-Bennett :Dans la conjoncture économique actuelle, les pays à risque ainsi que les pays industrialisés peuvent rencontrer des difficultés pour fournir les ressources nécessaires. Le défi est donc de préserver, de construire à partir de ce que nous avons déjà accompli et d'obtenir les ressources nécessaires pour ce faire.
L'autre écueil réside dans le fait que si le paludisme décline, il pourrait ne plus être considéré comme un problème. Mais il doit absolument continuer à être considéré comme tel car si nous renonçons aux objectifs et mesures prioritaires requises par le GMAP, le paludisme refera son apparition comme il l'a déjà fait par le passé. Les donneurs ont tendance à déplacer leur attention d'un problème mondial à un autre. Le paludisme a exigé beaucoup d'attention durant ces cinq dernières années et nous devons nous assurer qu'il ne devienne pas obsolète. La lutte contre le paludisme implique de nombreux défis mais nous ne pouvons pas nous permettre de détourner le regard de nos objectifs car la maladie referait surface.
6. Quelles actions doivent être mises en œuvre pour atteindre ces nouveaux objectifs ?
Dr Newman : La stratégie et les exigences ont été définies au sein du GMAP qui offre un vaste cadre de partenariat. Nous devons à présent préciser clairement que ces exigences ne sont ni théoriques ni optionnelles. Si les exigences en termes de ressources pour le contrôle du paludisme s'élèvent à environ 6 milliards de dollars par an et si les ressources disponibles représentent 2 milliards de dollars, nous pouvons être certains que nos objectifs ne pourront être atteints. Il est impossible de s'attaquer à une maladie telle que le paludisme, de fournir seulement un tiers des fonds estimés et penser que nous pourrions parvenir à réaliser les objectifs fixés.
Les ressources financières mondiales ne sont pas suffisantes. Il me semble légitime de demander un total de 6 milliards de dollars annuels si cela peut permettre de sauver près de 781 000 vies supplémentaires par an. Cet investissement s'étend bien plus loin que la lutte contre le paludisme. Nous devons garder en mémoire que si nous n'atteignons pas les objectifs fixés, particulièrement dans le contexte africain, nous ne pourrons pas accomplir les objectifs de développement pour le millénaire liés à la santé et plus spécifiquement l'objectif concernant la survie des enfants.
Notre Partenariat nous conduit à choisir une voie ambitieuse impliquant d'énormes responsabilités. Nous avons atteint des objectifs incroyables et nous devrions les célébrer. Nous devons cependant faire face à des défis grandes ampleur pour convaincre le monde qu'il est non seulement nécessaire de maintenir les investissements actuels pour continuer d'assurer les conditions de survie des populations, mais que nous devons aussi alimenter ces investissements en permanence. Nous devons combler les lacunes en matière de financement et utiliser ces ressources afin de garantir des conditions de survie, de mettre au point des mesures additionnelles en vue d'améliorer les capacités de lutte et de surveillance, mais aussi de prévenir l'émergence de phénomènes de résistance aux médicaments et insecticides. C'est uniquement dans ces conditions que nous pourrons finalement atteindre les objectifs incroyablement ambitieux que nous nous sommes fixés.
